Le directeur général de l'IATA accuse les fabricants de moteurs de pénaliser les compagnies aériennes par leurs retards et problèmes de production, alors que la hausse du carburant et les tensions au Moyen-Orient assombrissent les perspectives du secteur.
Sa patience est à bout et la charge est violente. Willie Walsh, le directeur général de l'Association internationale du transport aérien (IATA), a pointé du doigt les motoristes du secteur en indiquant qu'ils étaient "tous mauvais en ce moment".
En marge de l'assemblée générale de l'association, le dirigeant a ainsi rappelé que les défaillances des chaînes de production avaient coûté aux compagnies aériennes "au moins 11 milliards de dollars en 2025", alors que les transporteurs doivent déjà composer avec la flambée du prix du kérosène et les perturbations liées au conflit au Moyen-Orient.
"Les carnets de commandes comptent 18 000 appareils en attente de livraison. Et l'âge moyen de la flotte a atteint un record de 15,2 ans. De plus, le manque de plus de 5 000 appareils économes en carburant sur lesquels nous comptions se traduit par des gains perdus pour notre consommation", a-t-il ajouté.
Dans son viseur ? Les géants du secteur que sont CFM International (GE Aerospace et Safran), Pratt & Whitney ou Rolls-Royce. "Arrêtez de nous gruger et revenez à la fabrication de bons moteurs, qui fonctionnent et qui durent", a-t-il martelé.
"C'est une accusation inhabituelle portée contre toute une industrie", notent ce matin les analystes de chez AlphaValue. "Mais qui sait ? Peut-être que les motoristes facturent plus cher les nouveaux moteurs, devenus rares, et réalisent leurs bénéfices en tant que constructeurs d'origine plutôt que sur la seule maintenance ? Etrange", s'interrogent-ils.
Dans ce contexte, IATA estime que le bénéfice net cumulé des compagnies aériennes mondiales devrait atteindre 23 MdsUSD en 2026, contre 45 MdsUSD estimés en 2025 et 41 MdsUSD attendus précédemment pour 2026.
En effet, la marge nette est désormais attendue à 2,0%, contre 4,2% en 2025, tandis que le bénéfice par passager transporté devrait être divisé par deux à 4,50 USD. Le résultat d'exploitation est projeté à 48 MdUSD, contre 76,4 MdsUSD en 2025.
Malgré cette dégradation, les revenus du secteur devraient progresser de 9,4% à 1 165 MdsUSD, soutenus par un trafic passagers attendu à 5,1 milliards de voyageurs et un coefficient de remplissage record de 84%.
Par ailleurs, "les hypothèses concernant le prix du kérosène ont été revues à la hausse, à 152 dollars le baril en moyenne pour l'année, soit environ 70% de plus que prévu initialement. Toutefois, grâce aux opérations de couverture, la hausse des coûts totaux du carburant n'est attendue que d'environ 40% sur un an", précise Chloé Lemarie, analyste en charge de l'aérien chez Jefferies.
Selon IATA, les compagnies du Moyen-Orient devraient être les seules à enregistrer des pertes en raison des perturbations opérationnelles et de la faiblesse de la demande.
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