Élections américaines :  Il ne faut pas bouder les Etats-Unis malgré l’incertitude du scrutin

Publié le 19 juin 2024 à 15h55

Chris Iggo    Temps de lecture 5 minutes

Les États-Unis sont le pays de la démesure, qu'il s'agisse du marché, de l'économie ou des entreprises qui y résident. C'est également un pays qui continue de déjouer les attentes des investisseurs. Beaucoup pensaient qu'il entrerait en récession en 2023, mais il n'en a rien été.

Au contraire, selon le Trésor américain, le pays a affiché une croissance économique supérieure à la moyenne sur les 12 derniers mois sous l'effet de « la hausse de la production économique, de la résilience du marché de l'emploi et du ralentissement de l'inflation ». 

Cette dynamique plus soutenue que prévu s'est traduite par de solides performances boursières en 2023 : le S&P 500 a progressé de 26 %, le Dow Jones a gagné 17 % et le Nasdaq, essentiellement composé de valeurs technologiques, a fait un bond spectaculaire de 45 % à la faveur de la montée en puissance sans précédent de l'intelligence artificielle générative. Cette dynamique s'est poursuivie en 2024, chacun de ces indices ayant franchi de nouveaux sommets. 

Moteur de l'économie mondiale

Une certaine nervosité est à prévoir sur les marchés en amont des élections américains, et potentiellement après également. Mais malgré la dimension internationale de cet événement, les États-Unis sont depuis longtemps considérés comme trop importants pour être ignorés par les investisseurs. Les raisons sont simples. Ce pays est, de loin, la plus grande économie mondiale, une position qu'il occupe depuis la fin du XIXe siècle, ce qui en fait également le pays le plus puissant et, par conséquent, le plus influent. 

Son produit intérieur brut (PIB), qui regroupe les biens et les services produits sur son territoire, est évalué à près de 28 000 milliards USD. À titre de comparaison, le PIB de la Chine, deuxième économie mondiale, s'élève à 18 600 milliards de dollars, soit plus d'un tiers de moins.

Par ailleurs, le dollar américain est la monnaie la plus utilisée au monde. Dès lors, toute modification de la politique monétaire du pays par sa banque centrale, la Réserve fédérale, a un impact significatif sur le paysage financier mondial.

Mais les États-Unis concentrent également certaines des plus grandes entreprises de la planète dans toute une série de secteurs d'activité : services professionnels, industrie manufacturière, agriculture, santé, immobilier, services financiers, sans oublier la technologie, élément moteur de la performance des marchés boursiers ces derniers temps.

Moteurs de marché et valorisations

Le marché américain représente environ 60 % du marché boursier mondial  et est évalué à 50 800 milliards USD . La majeure partie des dix plus grandes entreprises mondiales y sont établies, dont de nombreux géants de la technologie comme Alphabet (Google), Amazon, Apple, Meta Platforms (Facebook), Microsoft et Nvidia qui pèsent tous plus de mille milliards de dollars. Dans ce top 10 mondial figurent également le groupe d'investissement de Warren Buffett, Berkshire Hathaway, et le laboratoire pharmaceutique Eli Lilly. 

Le marché obligataire mondial est lui aussi dominé par les États-Unis, qui en représentent environ 51 300 milliards USD. La Chine, deuxième marché obligataire, pèse moins de la moitié de ce chiffre (20 900 milliards USD).  Bien entendu, dans la mesure où les marchés américains des actions et des obligations ont fortement progressé, les valorisations ont continué à augmenter. Les ratios cours/bénéfice des actions américaines, qui permettent d'évaluer le prix de l'action d'une société par rapport à son bénéfice par action, se situent à des niveaux inégalés depuis deux ans. 

Peu d'actions ou d'obligations sont désormais bon marché, de sorte que les valorisations actuelles comportent des risques qu'il est important de prendre en considération. Cela étant, nous estimons que les performances sont portées par une économie forte, des bilans sains et des entreprises rentables. Les bénéfices devraient eux aussi augmenter en 2024, la croissance du PIB américain continuant à déjouer les pronostics. Sans compter que les taux d'intérêt devraient finir par baisser à un moment donné. Si cette baisse des taux est motivée par un recul de l'inflation, elle sera bénéfique pour les actions et les obligations. Pour l'heure, tout repli éventuel des niveaux de marché devrait susciter une réaction d'achat chez les investisseurs.

Bien entendu, comme tout marché, celui des États-Unis ne progresse pas de façon linéaire et peut évoluer à la hausse comme à la baisse, ce qu’il fera inévitablement. Outre la baisse des taux d'intérêt et une croissance mondiale plus équilibrée, l'automatisation, le numérique et la transition écologique figurent parmi les moteurs de performance à long terme des marchés actions. On notera toutefois que parallèlement à la technologie, les secteurs de l'industrie et de la finance ont enregistré de solides performances totales depuis le début de l'année. 

Il serait certes imprudent de penser que les excellentes performances observées ces derniers temps se poursuivront sans discontinuer. Une phase d'ajustement du marché boursier américain n'étonnerait personne, d'autant plus que le récent mouvement de hausse a été essentiellement alimenté par le secteur de la technologie. Mais sur le long terme, compte tenu de la diversité des secteurs et de l'ampleur de l'innovation proposée, nous pensons que les États-Unis constituent un marché incontournable. L'imminence des élections ne saurait atténuer l'attrait du pays à long terme. Le patron de la Fed, Jerome Powell, a lui-même déclaré que la réunion de politique monétaire de la banque centrale, qui se tiendra le lendemain du scrutin, n'influencera pas la décision concernant les taux d'intérêt.

Il ne s'agit nullement de minimiser les différences entre les politiques qui pourront être menées suivant le vainqueur de l'élection de novembre. Nous reviendrons sur ce sujet plus tard dans l'année. Mais les entreprises sont résistantes et en bonne santé, et l'économie américaine entre dans cette période électorale en excellente position. Cette situation devrait assurer aux investisseurs de belles performances tout au long de cette phase d'incertitude politique.

Chris Iggo Chief Investment Officer de Core Investments ,  AXA IM

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