Gestion value : 5 ans, l’âge de raison ?
Les gestions value ont été relativement délaissées par les investisseurs au cours des cinq dernières années, en dépit de leur vif rebond. Cette asymétrie doit beaucoup aux biais cognitifs des marchés et aux stéréotypes associés aux titres décotés.
C’est un anniversaire loin d’être anecdotique, dont peut se prévaloir l’investissement value en Bourse. Depuis le choc du Covid et le point bas des marchés boursiers du 18 mars 2020, l’indice MSCI EMU Value a rebondi de +160,9% en 5 ans, surpassant de 21,6 points l’indice MSCI EMU (+139,3%)*. La chronologie des dernières années appelle à réaffirmer ce qu’est, précisément, la gestion value : une philosophie d’investissement à long terme et non un critère de sélection de titres ou de secteurs, sous l’unique prisme d’un momentum de cycle macroéconomique ou market timing.
Revenons à l’évolution des marchés et aux réflexes cognitifs des investisseurs. Au deuxième trimestre 2018, l’économie mondiale est à un point haut conjoncturel et, jusqu’à l’automne 2019, le consensus de marché craint une récession, notamment industrielle. Dans un environnement de taux d’intérêt nominaux alors nuls, les flux d’investissement sont massivement dirigés vers les actions de « croissance » et « qualité », pour leur caractère protecteur et parce qu’elles tirent généralement leur épingle du jeu dans les cycles d’assouplissement monétaire.
La quête de valeurs refuges s’est légitimement accélérée avec l’éclatement de la crise du Covid et le point bas des marchés en mars 2020, ce qui a pu conduire à d’importants biais dans les allocations : des positions acheteuses sur l’unique autel de la visibilité de la croissance des résultats ont été privilégiées, pour constituer in fine des surpondérations parfois excessives. Les thématiques du luxe, des pharmaceutiques dans le sillage des promesses de l’hormone GLP-1, ou de l’IA, ont pu accentuer ce phénomène. A contrario, les investisseurs et allocataires sont majoritairement restés à l’écart des gestions value ces cinq dernières années et n’ont, par conséquent, pas profité de la surperformance des valeurs décotées.
Une question d’histoire d’entreprises, pas de style de titre
Avec un peu de recul, cette période ouvre une réflexion sur la diversification des approches d’investissement et sur la façon d’appréhender la gestion value. Combinée aux valeurs de croissance, la value a toute sa place en cœur de portefeuille et cela doit se traduire par une poche constante de ces titres au sein de l’allocation. Autrement dit, une vision stratégique à long terme et non tactique. En rupture avec quelques idées reçues, une telle approche considère qu’il est possible d’identifier en permanence des actions sous-valorisées, à n’importe quel moment du cycle.
Il est aussi judicieux de s’éloigner du carcan de style pouvant estampiller définitivement tel ou tel profil d’actions, de secteurs. En effet, une lecture dynamique des parcours boursiers démontre que toute valeur peut, pour des raisons diverses, afficher une décote de valorisation.
En somme, savoir déceler des opportunités d’investissement requiert les aptitudes les plus fondamentales de la gestion actions. Analyser la trajectoire d’une entreprise, celle de ses comptes de résultats et l’évolution de ses métiers, pour confronter sa valeur intrinsèque à d’éventuelles inefficiences de valorisation boursière. Cultiver une psychologie contrariante à l’égard du foisonnement d’informations de marché. Enfin, reconnaître les signes de disruption qui bouleverseront, ou pas, une activité.
*Source : Bloomberg. Données arrêtées au 18 mars 2025. Dividendes nets réinvestis.
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