(Zonebourse.com) - Après les récents mouvements au capital de l'exploitant du tunnel sous la Manche, à quelques jours d'intervalle, Baader Europe expose les faits et ses hypothèses concernant le futur de la société.
Petit retour en arrière pour commencer. Le 26 mars dernier, Eiffage a annoncé l'acquisition de 1,74% du capital de Getlink, portant sa participation totale à 29,40% et à 29,50% des droits de vote. Pour cette opération, le groupe de construction et de concessions a déboursé 166,7 millions d'euros. Quelques jours plus tard, Mundys s'est également renforcé en faisant passer sa participation dans Getlink de 15,5 à 19% avec la possibilité d'acquérir 6% supplémentaires sous réserve de l'obtention des autorisation réglementaires nécessaires, attendues d'ici avril. Si la société les reçoit, elle détiendra 25% de l'exploitant du tunnel sous la Manche et 29,9% de ses droits de vote.
Qui est Mundy's
Avant d'aller plus loin, il est nécessaire de présenter Mundy's. Il s'agit de l'ancienne Atlantia, un groupe d'infrastructure italien retiré de la cote en 2022 par la famille Benetton (Edizione) et Blackstone. Ce retrait de la cote est lié à plusieurs facteurs : l'effondrement du pont Morandi à Gênes en 2018 (ce dernier était exploité par une filiale d'Atlantia), une valorisation jugée trop faible et un besoin de restructuration profonde... La société a depuis été rebaptisée Mundy's et se concentre sur les actifs de transports à longue durée de vie. La France est son premier marché, contribuant à 28% de l'Ebitda du groupe en 2025, avec environ 11 milliards d'euros investis dans Sanef, SAPN, les Aéroports de la Côte d'Azur, l'A63...
Pour revenir au dossier Getlink, Baader Europe rappelle que les règles du marché français sont claires : franchir 30% du capital ou des droits de vote d'une société déclenche l'obligation de lancer une Offre Publique d'Achat (OPA) sur le reste des actions. Or Eiffage et Mundys sont très proches de ce seuil et toutes deux ont affirmé ne pas vouloir lancer d'OPA. Si elles finalisent leurs positions, à elles deux, les sociétés pourraient posséder 54,4% du capital et 59,4% des droits de vote. Aucun des deux plus gros actionnaires de Getlink n'en détiendrait le contrôle formel seul. Pour Baader Europe, "cela crée une structure de gouvernance très verrouillée : aucun ne peut imposer sa volonté seul, mais leur alignement formerait un bloc de vote dominant".
En outre, les analystes évoquent également "l'action de concert". Si l'Autorité des Marchés Financiers (AMF) conclut qu'Eiffage et Mundy's agissent de concert, même sans accord écrit, leurs parts sont additionnées et dépassent largement les 30% et l'obligation d'OPA s'appliquerait solidairement aux deux. Les analystes précisent également que pour l'instant aucun signe public de coordination n'a été détecté.
Eiffage peut-il s'offrir Getlink ?
Baader Europe estime que le point stratégique pour Eiffage est la concession. Celle de Getlink court jusqu'en 2086, alors que les concessions autoroutières phares d'Eiffage (APRR et AREA) expirent respectivement en 2035 et 2036. Ces actifs génèrent actuellement 3,2 milliards d'euros de revenus (12,6% du chiffre d'affaires du groupe), mais contribuent à hauteur de 65% du résultat opérationnel avec une marge d'Ebitda de 70,4%. Lorsque ces concessions expireront, Eiffage perdra sa base d'actifs la plus rentable sans remplacement évident, rendant Getlink si stratégiquement indispensable selon Baader Europe.
Toutefois, la déclaration d'Eiffage de ne pas vouloir racheter semble crédible pour une raison financière. Une OPA totale à un prix estimé de 20 euros par action exigerait de débourser 7,7 milliards d'euros pour les 70% restants. Le problème est qu'Eiffage est déjà lourdement endetté et si la note du groupe baisse, le coût du refinancement de sa dette augmenterait.
Pour les analystes, il y a trois options pour Eiffage : une augmentation de capital massive et dilutive, s'associer à un co-enchérisseur comme Mundy's pour partager le fardeau, ou attendre une correction du cours de Getlink.
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