ETF obligataires : un outil clé dans les allocations d’actifs

Publié le 9 décembre 2025 à 12h33

Carole Leclercq    Temps de lecture 11 minutes

Portés par le retour des rendements et la diversification accrue de l’offre, les ETF obligataires se sont imposés dans les allocations des gérants, notamment pour les clients privés. Liquides, lisibles et moins coûteux, , ils constituent désormais une brique essentielle des portefeuilles diversifiés.

Les ETF obligataires ont aujourd’hui une place de choix dans les allocations de nombreux gérants et sélectionneurs de fonds. Ces derniers ont d’ailleurs désormais à leur disposition une offre riche, qui s’étoffe de mois en mois. Pas moins de 55 ETF ont été lancés depuis le début de l’année, après 33 en 2024 et 13 en 2023[ii]. Désormais, il existe donc 562 ETF obligataires[ii] sous format Ucits. « Ils couvrent désormais tout le spectre obligataire et permettent de bâtir une allocation globale », souligne Olivier Malteste, directeur des investissements chez Yomoni. Avec cet enrichissement de l’offre, le spécialiste de la gestion pilotée 100 % ETF a d’ailleurs opéré un tournant structurel début 2025, en passant d’une exposition obligataire historiquement centrée sur la zone euro à une allocation mondiale. « Mais en sélectionnant des ETF couverts du risque de change afin de ne pas hypothéquer le rôle défensif des obligations dans les portefeuilles », précise-t-il.

«Sur les segments obligataires les plus efficients, comme le souverain ou le corporate investment grade, les ETF s’imposent. La prime de gestion active y est faible, voire difficile à capter.»

Nour Bendimered directeur des investissements ,  iVesta Family Office

Des expositions majoritairement vanille

Les ETF obligataires ont drainé 47 Md€ de flux nets[i] sur un an, dont 39 Md€ depuis le début de l’année, avec, dans un contexte de marché incertain et volatile sur les taux, une prédominance sur les maturités très courtes, courtes et les fonds à échéance (voir tableau). « Nous utilisons les ETF obligataires aussi bien comme des briques de construction de portefeuille que pour des positions tactiques, mais uniquement pour une exposition bêta au marché », explique Denis Khamphou, gérant de portefeuille chez Myria AM. Si l’offre se diversifie, les expositions dites vanille restent largement préférées. « Sur les segments obligataires les plus efficients, comme le souverain ou le corporate investment grade, les ETF s’imposent, souligne Nour Bendimered, directeur des investissements chez iVesta Family Office. La prime de gestion active y est faible, voire difficile à capter. » Un constat partagé par Gilles Etcheberrigaray, président d’Elkano Asset Management, qui a aussi recours aux ETF sur les segments obligataires les plus liquides, avec parfois une préférence pour les dérivés. « Même s’il faut renouveler les positions tous les trimestres, les futures présentent pour les fonds l’avantage – notamment dans le cadre de value for money – de coûts d’intervention encore plus faibles que les ETF, précise-t-il. Néanmoins, les dérivés ne peuvent pas être utilisés en gestion privée ni en gestion sous mandat. » Denis Khamphou y voit deux solutions complémentaires. « Les dérivés permettent, grâce à l’effet de levier, de mobiliser moins de capital que les ETF, mais nécessitent d’être renouvelés tous les trimestres », explique-t-il. Pour Matthieu Barrière, responsable adjoint de l’allocation d’actifs ODDO BHF AM SAS, les coûts de transaction instantanés plus faibles des dérivés en font un outil adéquat pour les positions tactiques de court terme. « Ils permettent d’intervenir rapidement lorsqu’un mouvement de marché paraît excessif, sur une plage horaire plus importante, ou encore de mettre en œuvre des stratégies plus fines, sur les courbes des taux par exemple. Mais ils ont aussi le désavantage de ne couvrir qu’un nombre de sous-jacents restreints, avec potentiellement une inadéquation partielle avec les actifs en portefeuille », détaille-t-il.

«Il est important de ne pas s’arrêter au seul TER. Pour un usage tactique, ce sont les coûts de transaction qui sont déterminants, y compris sur l’obligataire, qui plus est sur des tickets élevés. Pour ne pas peser sur la performance, une table de trading expérimentée faitla différence.»

Matthieu Barrière responsable adjoint de l’allocation d’actifs ,  ODDO BHF AM SAS

Différents critères de sélection à ne pas négliger

Les critères de sélection des ETF obligataires sont assez proches de ceux analysés sur les actions (liquidité, frais, taille, tracking error, tracking difference). Certains points de vigilance sont néanmoins mis en avant. « Il est important de ne pas s’arrêter au seul TER, insiste Matthieu Barrière. Pour un usage tactique, ce sont les coûts de transaction qui sont déterminants, y compris sur l’obligataire – qui plus est sur des tickets élevés. Pour ne pas peser sur la performance, une table de trading expérimentée fait la différence. » Nour Bendimered rappelle aussi l’importance des encours. « Les plus gros ETF combinent souvent frais plus bas, meilleure liquidité, tracking error réduite. C’est pourquoi, à l’issue des due diligences, ce sont presque toujours eux qui s’imposent », souligne-t-il. De son côté, Denis Khamphou avance que la tracking error n’est jamais nulle, même sur les segments les plus efficients. « La réplication d’un indice composé de milliers d’émissions traitées sur un marché de gré à gré, dont certaines sont peu liquides, impose un échantillonnage et des ajustements permanents qui créent un écart de performance. » Parfois, la méthode de réplication est un critère supplémentaire. « Que ce soit sur les actions ou les obligations, nous retenons systématiquement la réplication physique, précise Nour Bendimered. Non pas par défiance envers la synthétique, mais parce que, pour des positions cœur de portefeuille, c’est un risque inutile que l’on peut éviter à très faible coût. »

La concurrence du fonds en euros

En assurance vie et PER, les particuliers sollicitent encore peu les ETF obligataires en unités de compte. « L’obligataire, et donc les ETF sur la classe d’actifs, se heurtent à la concurrence du fonds en euros et à sa garantie en capital, souligne Florian Demars, responsable de l’offre financière chez Linxea. D’autant plus récemment avec les offres à taux boostés. » Pourtant, pour Olivier Malteste, directeur des investissements chez Yomoni, fonds en euros et ETF obligataires sont complémentaires, en gestion déléguée comme en gestion libre. « Le premier apporte un effet stabilisateur, notamment dans les périodes de forte remontée des taux, tandis que la liquidité et la valorisation permanente du second sont des atouts dans les phases de baisse de taux », fait-il valoir. D’autres freins sont pointés. « Les particuliers maîtrisent peu le fonctionnement de l’obligataire, constate Nour Bendimered, le directeur des investissements chez iVesta Family Office. Il y a donc un effort de pédagogie à réaliser sur cette classe d’actifs avant d’expliquer la pertinence de l’enveloppe ETF pour diversifier une allocation d’actifs. » En gestion libre, la première impression peut aussi être rédhibitoire. « L’épargnant peut vite se trouver démuni face à des libellés parfois jargonnesques, et donc à des stratégies en apparence peu lisibles, souligne Florian Demars. En gestion libre, le fonds en euros, c’est la facilité. » La démocratisation des ETF obligataires passera peut-être par le compte titres. C’est l’un des paris de Trade Republic, qui a enrichi en octobre son offre patrimoniale avec des ETF positionnés sur les taux européens et américains, en dettes souveraine et corporate. « Contrairement aux dépôts à terme classiques, les investisseurs conservent de la flexibilité puisque les produits peuvent être revendus à tout moment au prix du marché. Selon la maturité, les rendements se situent généralement entre 1 % et 3 % au-dessus du taux de dépôt de la BCE », explique le communiqué. « Une solution idéale pour épargner en vue d’objectifs précis, comme des vacances, une voiture ou un logement », conclut le communiqué.

Des innovations qui séduisent

Comme sur les actions, les ETF obligataires sont propices à l’innovation, certaines rencontrant un vrai succès. C’est notamment le cas des ETF à échéance, dont les encours totalisent 11 Md€[i] 2 ans après les 1ers lancements par iShares, suivis depuis par d’autres fournisseurs. « Sur les échéances courtes du corporate investment grade, les ETF datés sont un bon compromis. Peu de frais, beaucoup de diversification, de la liquidité pour une stratégie de portage toujours sollicitée par nos clients », résume Nour Bendimered. En revanche, les gérants restent frileux sur les ETF actifs obligataires, avec aujourd’hui une offre de 78 fonds[ii]. « Nous analysons l’évolution de cette offre, aussi bien sur les actions que les obligations, et pourrions, via notre société de gestion Althéis, accompagner les family offices et les CGP dans le choix des ETF actifs les plus adaptés à leurs objectifs », précise toutefois Olivier Malteste. Pour Mara Dobrescu, directrice de la recherche fonds chez Morningstar, il est d’ailleurs encore trop tôt pour se prononcer sur la performance des ETF obligataires actifs. « Pour l’heure, la plupart sont très peu actifs avec une tracking error moyenne inférieure à 1 %, contre 5 % pour les ETF actifs actions », ajoute-t-elle. Toutefois, les ETF sur les CLO AAA, lancés depuis peu sous format UCITS et classés comme « actifs », séduisent certains professionnels, avec 603 M€ flux nets depuis le début de l’année sur les 6 produits disponibles[i]. « Sur des structures complexes comme les CLO, les investisseurs doivent avoir confiance dans la capacité du gestionnaire à évaluer et à choisir les sous-jacents, d’autant plus que ces ETF ont tendance à être concentrés, pointe néanmoins Mara Dobrescu. Il faudra davantage de temps pour évaluer la résilience des fonds disponibles en Europe, car ils n’ont pas encore été testés dans un environnement de marché défavorable. » Pour Mara Dobrescu, les limites de l’enveloppe ETF pourraient même avoir été atteintes. « Vouloir tout rendre accessible dans un véhicule à liquidité permanente peut nuire à la simplicité, à la transparence et à la lisibilité qui font la force des ETF », conclut-elle. 

[i] Source : Morningstar, à fin septembre 2025

[ii] Source : Morningstar, à fin octobre 2025

[iii] Source : Morningstar à fin juin 2025

Le débat « gestion passive – gestion active »

Selon Morningstar, 51 % des fonds obligataires actifs surperforment en moyenne, net de frais, un concurrent passif, contre 19 % sur les actions[iii]. « La surperformance apparente de certains ETF actions vient moins de la gestion que de la construction des indices, pointe Matthieu Barrière. Les grands indices actions mondiaux appliquent des hypothèses fiscales uniformes, parfois excessives. Ce phénomène est mineur dans l’univers obligataire, où les ETF affichent donc des performances proches de celles des indices, minorées des TER ». Des dispersions peuvent néanmoins apparaître selon les segments. « L’obligataire reste globalement un terrain plus favorable à la gestion active, fait valoir Mara Dobrescu, directrice de la recherche fonds chez Morningstar. Les marchés y sont moins efficients, les prix intègrent plus lentement l’information et les grands acteurs bénéficient d’un pouvoir de négociation. Plus le segment est risqué – typiquement le high yield et la dette émergente –, plus la gestion active peut créer de la valeur. » D’ailleurs, pour Gilles Etcheberrigaray, président d’Elkano AM, « la dette émergente reste l’apanage des fonds traditionnels ». L’offre d’ETF y est encore restreinte, avec, seulement cinq fonds UCITS disponibles, dont quatre lancés depuis janvier[ii]. « Les anomalies de marché et la volatilité des taux offrent des opportunités pour les gérants actifs », ajoute Mara Dobrescu. Par exemple, selon Morningstar[iii], sur les T-bonds américains, 89 % des fonds actifs ont surperformé les ETF sur 1 an, contre 66 % sur 5 ans, et seulement 13 % sur 10 ans. Et dans un contexte où les taux sont toujours volatiles, les investisseurs ont, pour la 1re fois depuis 2021, largement privilégié au 3e trimestre les fonds traditionnels obligataires aux ETF, avec respectivement des flux nets de 106,5 Md€ et 12 M€[ii]. « La gestion active obligataire a de l’avenir, mais pas la gestion active chère », insiste Mara Dobrescu. Les frais moyens des ETF obligataires sont en effet de seulement de 0,27 %, soit près de 3 fois inférieurs à ceux des fonds traditionnels[iii]. Certains pointent néanmoins des atouts à l’enveloppe ETF sur le high yield et la dette émergente. « Sur le high yield, la sélection de gérants actifs est particulièrement ardue, tant la classe d’actifs est asymétrique et l’alpha difficile à isoler. Les ETF offrent alors une alternative solide, limitant le risque de sous-performance extrême et assurant, y compris en période de stress, une meilleure lisibilité des prix grâce à une exécution transparente et instantanée », souligne Matthieu Barrière. Pour ce dernier, « les ETF high yield sont devenus compétitifs, avec, contrairement à la dette émergente, des frais souvent alignés sur ceux des parts institutionnelles. » Par ailleurs, sur la dette émergente, « les rendements de certains indices – et donc des ETF les répliquant – sont parfois trop concentrés pour faire de ceux-ci un outil de portage sur le long terme, ajoute-t-il. En revanche, pour saisir des opportunités tactiques, l’ETF demeure pertinent sur ce segment obligataire. »

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